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24/03/2005, 11h48
POUR DEMAIN LES ENFANTS »
Emission diffusée tous les dimanches matins sur Radio Lomé au Togo :
Dimanche 3 octobre :
« Immigration des enfants et des jeunes de l’Afrique de l’Ouest vers l’Europe »
Avec la participation de :
Mme Paola Riva Gapany, Suisse, juriste, assistante du directeur de l’IDE
M. Maouko Donyo, Togo, Président du club des enfants du monde, coordinateur du RAFY pour le Togo
M. Anatole Simplice, Togo, Directeur exécutif de l’ONG Arc-en-ciel
M. Tokpah Nicaise, Togo, journaliste et animateur de l’émission
Beaucoup d’enfants quittent l’Afrique de l’Ouest et se dirigent vers l’Europe en pensant trouver de bonnes conditions de travail. Ils partent en espérant gagner beaucoup d’argent, qu’ils pourront envoyer à leur famille, dont ils sont le dernier espoir.
M. Tokpah:
Quelle est la définition de la migration clandestine ?
M. Donyo :
La migration est un transfert passager ou durable au-delà des frontières. Elle est clandestine lorsque ce transfert se fait sans passeport, sans visa.
M. Tokpah:
D’où vient le phénomène de la migration clandestine et quels sont les facteurs qui la favorisent ?
Mme Riva Gapany :
La migration peut se faire vers des pays dits riches ou industrialisés comme les pays d’Europe. Nous constatons qu’il y a énormément de jeunes qui viennent de l’Afrique de l’Ouest. La principale cause est la pauvreté. Mais c’est aussi à cause du manque de futur professionnel, du manque de possibilité de réaliser un projet d’avenir, un projet de vie. En gros, ce sont des raisons économiques qui poussent les jeunes à vouloir se déplacer.
Il y a aussi, ensuite, les problèmes liés à la guerre et aux situations politiques instables.
La grande majorité de ces jeunes recherchent un avenir économique favorable.
M. Tokpah:
Quelle est l’ampleur de la situation en Europe :
Mme Riva Gapany :
C’est difficile de donner des chiffres. Nous avons des chiffres officiels, mais aussi des chiffres officieux, c'est-à-dire que nous avons des jeunes qui échappent aux statistiques car ils sont clandestins. Ils n’existent donc pas aux yeux des administrations.
Actuellement en Suisse, en moyenne par année, nous avons 400 mineurs non-accompagnés. C’est le chiffre officiel. Ce sont des jeunes qui ont déposé une requête d’asile ou qui sont connus des services de l’administration. Je ne parle pas des clandestins ou des sans-papiers qui vivent dans l’ombre.
En France, le chiffre officiel, en moyenne par année est d’environ 3000 et en Belgique, 2000.
M. Tokpah:
Quelle est la situation au Togo et en Afrique ?
M. Simplice :
Ce phénomène de la migration clandestine prend de l’ampleur au Togo. C’est un phénomène connu. Les jeunes quittent leur pays pour se rendre dans des pays d’Europe. Il y a des cas enregistrés qui sont des données officielles, mais nous savons bien que ce n’est pas la réalité. Il y a beaucoup plus de jeunes qui tente leur chance. Par exemple au Togo nous avons eu seulement 8 cas enregistrés.
M.Tokpah:
Que deviennent ces enfants ?
Mme Riva Gapany :
Nous savons malheureusement qu’il y a de fortes chances que ces enfants tombent dans des réseaux de trafics d’enfants. Nous les retrouvons souvent dans la prostitution, le commerce de drogue ou encore parce qu’ils ont commis diverses infraction à droite ou à gauche.
Ces enfants sont des enfants qui vivent dans une grande souffrance. Ils sont particulièrement vulnérables. Ils n’existent pas aux yeux de la société européenne, aux yeux des administrations. Ce sont des enfants dont il faut prendre le plus grand soin.
M. Tokpah:
Quelles sont les structures d’accueil en Europe ?
Mme Riva Gapany :
Les structures sont les mêmes que pour les adultes. En Suisse, elles sont assez précaires. Les enfants sont traités presque comme des adultes, dans le sens qu’ils seront tous ensemble en attendant que l’administration décide sur leur sort. Parfois on essaie de leur donner un minimum d’éducation, mais c’est assez rare.
Ce qui se passe, c’est que les autorités font une enquête pour savoir d’où vient l’enfant afin de pouvoir le renvoyer au plus vite dans son pays d’origine. En attendant l’enfant doit rester dans le centre, dans des conditions assez précaires.
M. Tokpah:
Quelles sont les nationalités des jeunes qui arrivent en Europe ?
Mme Riva Gapany :
Ils viennent surtout de Guinée, du Nigeria, de la Sierra Léone, mais il y a aussi ceux qui veulent échapper à la guerre et qui viennent de l’Irak ou de la Palestine par exemple.
M. Tokpah:
Quelles sont les conséquences ?
Mme Riva Gapany :
Ce sont des enfants en souffrance car leur pays leur manque. Si on prend la peine de discuter avec eux et de les écouter, ils confient que leur plus grand désir serait de rentrer chez eux en Afrique, mais avec quelque chose. Ils ne peuvent pas rentrer sans rien, car il y a une très forte attente de la part de leurs parents, de leurs communautés qui comptent sur eux car ils ont pu effectuer le grand voyage en Europe.
M. Tokpah:
Quelle est la réaction du côté africain à ce qui vient d’être dit ?
M. Donyo :
C’est la pure vérité. C’est exactement ce qui se passe quand les enfants s’aventurent hors du continent africain. Les conséquences sont très graves car l’enfant est coupé de sa famille, de ses parents, de son origine, de son identité culturelle. En fait, l’enfant n’existe plus.
M. Simplice :
Tout à fait, la première cause de ce phénomène est l’argent. Les jeunes pensent qu’une fois arrivé à destination ils trouveront systématiquement à gagner. Mais les enfants arrivent et ce n’est pas le cas. Ils sont à la merci de certains adultes qui les utilisent. Les jeunes filles tombent dans des réseaux de prostitution et les garçons dans le trafic de drogue. Les adultes se servent d’eux car comme ils sont mineurs, on ne peut pas les emprisonner. C’est donc facile de les utiliser Cette alternative est pour ceux qui arrivent ! Car en plus de la déception de l’arrivée, avant, il y a un long voyage dangereux à effectuer. Tous ne survivent pas.
M. Tokpah:
Quelles sont les actions prévues pour supprimer ce mal ?
Mme Riva Gapany :
Tout d’abord la chose la plus importante est la prévention. Il faut absolument informer le public en Afrique et en Europe également de la situation particulière de ces enfants, de leur vulnérabilité.
Il faut montrer aux pays émergeants que l’Europe n’est pas l’Eldorado promis. Les médias ont un rôle très important à jouer. Je souligne d’ailleurs votre émission qui est excellente à fin de parler de ce problème. Les médias montrent seulement des images des personnes qui réussisent. On voit des artistes, des joueurs de football…
M. Tokpah:
Et en Afrique ?
M.Donyo
Ce phénomène existe également dans les pays africains. Par exemple les enfants togolais vont vers le Nigeria, le Gabon, le Bénin. Ils sont toujours en quête d’argent. En Afrique nous avons des partenariats avec la Croix-Rouge. Terre des Hommes collabore également, ils essaient de retrouver ces enfants, de les ramener, ils les suivent et les aident à la réadaptation. Le réseau RAFY est une grande aide dans ce domaine.
M. Tokpah:
Plusieurs séminaires ont été organisés. Quel est le but ?
Mme Riva Gapany :
Tout d’abord permettez moi de citer notre partenaire, le SSI, le service social international qui est l’instigateur des tous ces programme et qui s’occupe spécialement des immigrants.
Nous avons donc, avec le SSI, organisé plusieurs séminaires en vue de trouver une réponse car le problème est important. De plus en plus de jeunes d’Afrique de l’Ouest arrivent en Europe alors que les politiques actuelles ont tendances à se durcir dans ce domaine.
Notre idée était de pouvoir organiser un système de prévention tout d’abord et ensuite de développer des projets. Que les enfants qui retournent dans leur pays aient un programme de vie, une activité génératrice de revenu. Nous voulons également pouvoir assurer le soutien et la réalisation du projet de ces jeunes par des structures d’accueil sur place.
La première étape était de trouver des partenaires dans les pays concernés. Nous avons arrêté le choix à 8 pays d’Afrique de l’Ouest : Mali, Togo, Niger, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Sénégal, Bénin et Guinée. Nous avons fait une première rencontre au Sénégal, à La Somone, avec des représentant de ces pays. Le but était de créer un réseau, de pouvoir connaître des personnes fiables sur place dans les différents pays. Puis nous avons établi une deuxième rencontre, toujours au Sénégal, à M’Bour. Nous avons voulu aller un peu plus loin. Comme nous avions les partenaires, nous voulions commencer des programmes de prévention et ensuite élaborer ensemble des programmes d’aide sociale et professionnelle dans les pays d’accueil de retour. Nous nous sommes réunis et nous avons discuté. Chaque pays a présenté un programme et expliqué comment ils imaginaient la mise en forme et la préparation de ce projet. L’idée est que nous puissions ensuite échanger les informations. Que le programme ne soit pas propre au Togo mais que ce soit un programme transnational qui puisse être exporté à d’autres échelles nationales.
Actuellement nous avons reçu toutes les propositions. Nous les avons étudiées. Nous avons également demandé aux différents coordinateurs de chaque pays de l’Afrique de l’Ouest concernés qu’ils présentent une mesure existante en matière de prévention. Nous examinons maintenant le programme pilote pour raccompagner ces jeunes chez eux.
M. Tokpah:
Quelle est la réaction du côté africain ?
M. Donyo :
C’est exact, il faut une synergie entre les pays, une action commune qui vise à réduire la migration.
M. Simplice :
Aujourd’hui nous avons des projets, quelque chose a été mis sur pied. Les séminaires ont amené des actions. Il faut tout de suite agir, avant que le problème ne devienne encore plus grand.
M. Tokpah:
Au cours du dernier séminaire vous avez créé le réseau RAFY, que nous avons déjà mentionné quelque fois. Que signifie RAFY ? Pourquoi a-t-il été créé et quelles sont ces actions ?
Mme Riva Gapany
RAFY est l’abréviation pour réseau d’Action Fodé et Yaguine. Fodé et Yaguine étaient deux jeunes guinéens de 15 et 14 ans qui ont voulu réaliser le rêve européen et qui se sont embarqués clandestinement le 1er août 1999 dans un avion de la Sabena. Malheureusement ils n’ont pas survécu au voyage pour cause de pression atmosphérique et de température. Leurs corps ont été trouvés à Bruxelles à l’aéroport. Ces deux jeunes étaient porteurs d’un testament pour les dirigeants européens. C’était un message sous forme d’appel au secours. Ils demandaient de l’aide pour s’en sortir dans leur pays.
Lors du deuxième séminaire, nous avons décidé de consolider les liens et de fonder ce réseau RAFY. Le nom du réseau a été donné en souvenirs de ces deux jeunes, afin d’honorer leur mémoire.
Le premier but du RAFY est de rester en contact, pour nous assurer de pouvoir développer nos activités et nos projets futurs.
Le deuxième but est d’échanger des informations. Je suis particulièrement heureuse de voir la réaction de nos amis africains qui n’hésite pas à nous faire partager leurs activités, leurs programmes et tout ce qu’ils entreprennent dans leur pays pour lutter contre le trafic des enfants. Ils nous donnent également des informations sur des faits divers. De notre côté, en Europe, nous leur transmettons des informations sur ce qui se passe chez nous.
M. Tokpah:
Merci à vous trois. J’espère que cette émission aura ouvert les yeux sur la situation des jeunes en direction de l’Europe. Nous nous retrouverons prochainement pour une autre émission.
Emission diffusée tous les dimanches matins sur Radio Lomé au Togo :
Dimanche 3 octobre :
« Immigration des enfants et des jeunes de l’Afrique de l’Ouest vers l’Europe »
Avec la participation de :
Mme Paola Riva Gapany, Suisse, juriste, assistante du directeur de l’IDE
M. Maouko Donyo, Togo, Président du club des enfants du monde, coordinateur du RAFY pour le Togo
M. Anatole Simplice, Togo, Directeur exécutif de l’ONG Arc-en-ciel
M. Tokpah Nicaise, Togo, journaliste et animateur de l’émission
Beaucoup d’enfants quittent l’Afrique de l’Ouest et se dirigent vers l’Europe en pensant trouver de bonnes conditions de travail. Ils partent en espérant gagner beaucoup d’argent, qu’ils pourront envoyer à leur famille, dont ils sont le dernier espoir.
M. Tokpah:
Quelle est la définition de la migration clandestine ?
M. Donyo :
La migration est un transfert passager ou durable au-delà des frontières. Elle est clandestine lorsque ce transfert se fait sans passeport, sans visa.
M. Tokpah:
D’où vient le phénomène de la migration clandestine et quels sont les facteurs qui la favorisent ?
Mme Riva Gapany :
La migration peut se faire vers des pays dits riches ou industrialisés comme les pays d’Europe. Nous constatons qu’il y a énormément de jeunes qui viennent de l’Afrique de l’Ouest. La principale cause est la pauvreté. Mais c’est aussi à cause du manque de futur professionnel, du manque de possibilité de réaliser un projet d’avenir, un projet de vie. En gros, ce sont des raisons économiques qui poussent les jeunes à vouloir se déplacer.
Il y a aussi, ensuite, les problèmes liés à la guerre et aux situations politiques instables.
La grande majorité de ces jeunes recherchent un avenir économique favorable.
M. Tokpah:
Quelle est l’ampleur de la situation en Europe :
Mme Riva Gapany :
C’est difficile de donner des chiffres. Nous avons des chiffres officiels, mais aussi des chiffres officieux, c'est-à-dire que nous avons des jeunes qui échappent aux statistiques car ils sont clandestins. Ils n’existent donc pas aux yeux des administrations.
Actuellement en Suisse, en moyenne par année, nous avons 400 mineurs non-accompagnés. C’est le chiffre officiel. Ce sont des jeunes qui ont déposé une requête d’asile ou qui sont connus des services de l’administration. Je ne parle pas des clandestins ou des sans-papiers qui vivent dans l’ombre.
En France, le chiffre officiel, en moyenne par année est d’environ 3000 et en Belgique, 2000.
M. Tokpah:
Quelle est la situation au Togo et en Afrique ?
M. Simplice :
Ce phénomène de la migration clandestine prend de l’ampleur au Togo. C’est un phénomène connu. Les jeunes quittent leur pays pour se rendre dans des pays d’Europe. Il y a des cas enregistrés qui sont des données officielles, mais nous savons bien que ce n’est pas la réalité. Il y a beaucoup plus de jeunes qui tente leur chance. Par exemple au Togo nous avons eu seulement 8 cas enregistrés.
M.Tokpah:
Que deviennent ces enfants ?
Mme Riva Gapany :
Nous savons malheureusement qu’il y a de fortes chances que ces enfants tombent dans des réseaux de trafics d’enfants. Nous les retrouvons souvent dans la prostitution, le commerce de drogue ou encore parce qu’ils ont commis diverses infraction à droite ou à gauche.
Ces enfants sont des enfants qui vivent dans une grande souffrance. Ils sont particulièrement vulnérables. Ils n’existent pas aux yeux de la société européenne, aux yeux des administrations. Ce sont des enfants dont il faut prendre le plus grand soin.
M. Tokpah:
Quelles sont les structures d’accueil en Europe ?
Mme Riva Gapany :
Les structures sont les mêmes que pour les adultes. En Suisse, elles sont assez précaires. Les enfants sont traités presque comme des adultes, dans le sens qu’ils seront tous ensemble en attendant que l’administration décide sur leur sort. Parfois on essaie de leur donner un minimum d’éducation, mais c’est assez rare.
Ce qui se passe, c’est que les autorités font une enquête pour savoir d’où vient l’enfant afin de pouvoir le renvoyer au plus vite dans son pays d’origine. En attendant l’enfant doit rester dans le centre, dans des conditions assez précaires.
M. Tokpah:
Quelles sont les nationalités des jeunes qui arrivent en Europe ?
Mme Riva Gapany :
Ils viennent surtout de Guinée, du Nigeria, de la Sierra Léone, mais il y a aussi ceux qui veulent échapper à la guerre et qui viennent de l’Irak ou de la Palestine par exemple.
M. Tokpah:
Quelles sont les conséquences ?
Mme Riva Gapany :
Ce sont des enfants en souffrance car leur pays leur manque. Si on prend la peine de discuter avec eux et de les écouter, ils confient que leur plus grand désir serait de rentrer chez eux en Afrique, mais avec quelque chose. Ils ne peuvent pas rentrer sans rien, car il y a une très forte attente de la part de leurs parents, de leurs communautés qui comptent sur eux car ils ont pu effectuer le grand voyage en Europe.
M. Tokpah:
Quelle est la réaction du côté africain à ce qui vient d’être dit ?
M. Donyo :
C’est la pure vérité. C’est exactement ce qui se passe quand les enfants s’aventurent hors du continent africain. Les conséquences sont très graves car l’enfant est coupé de sa famille, de ses parents, de son origine, de son identité culturelle. En fait, l’enfant n’existe plus.
M. Simplice :
Tout à fait, la première cause de ce phénomène est l’argent. Les jeunes pensent qu’une fois arrivé à destination ils trouveront systématiquement à gagner. Mais les enfants arrivent et ce n’est pas le cas. Ils sont à la merci de certains adultes qui les utilisent. Les jeunes filles tombent dans des réseaux de prostitution et les garçons dans le trafic de drogue. Les adultes se servent d’eux car comme ils sont mineurs, on ne peut pas les emprisonner. C’est donc facile de les utiliser Cette alternative est pour ceux qui arrivent ! Car en plus de la déception de l’arrivée, avant, il y a un long voyage dangereux à effectuer. Tous ne survivent pas.
M. Tokpah:
Quelles sont les actions prévues pour supprimer ce mal ?
Mme Riva Gapany :
Tout d’abord la chose la plus importante est la prévention. Il faut absolument informer le public en Afrique et en Europe également de la situation particulière de ces enfants, de leur vulnérabilité.
Il faut montrer aux pays émergeants que l’Europe n’est pas l’Eldorado promis. Les médias ont un rôle très important à jouer. Je souligne d’ailleurs votre émission qui est excellente à fin de parler de ce problème. Les médias montrent seulement des images des personnes qui réussisent. On voit des artistes, des joueurs de football…
M. Tokpah:
Et en Afrique ?
M.Donyo
Ce phénomène existe également dans les pays africains. Par exemple les enfants togolais vont vers le Nigeria, le Gabon, le Bénin. Ils sont toujours en quête d’argent. En Afrique nous avons des partenariats avec la Croix-Rouge. Terre des Hommes collabore également, ils essaient de retrouver ces enfants, de les ramener, ils les suivent et les aident à la réadaptation. Le réseau RAFY est une grande aide dans ce domaine.
M. Tokpah:
Plusieurs séminaires ont été organisés. Quel est le but ?
Mme Riva Gapany :
Tout d’abord permettez moi de citer notre partenaire, le SSI, le service social international qui est l’instigateur des tous ces programme et qui s’occupe spécialement des immigrants.
Nous avons donc, avec le SSI, organisé plusieurs séminaires en vue de trouver une réponse car le problème est important. De plus en plus de jeunes d’Afrique de l’Ouest arrivent en Europe alors que les politiques actuelles ont tendances à se durcir dans ce domaine.
Notre idée était de pouvoir organiser un système de prévention tout d’abord et ensuite de développer des projets. Que les enfants qui retournent dans leur pays aient un programme de vie, une activité génératrice de revenu. Nous voulons également pouvoir assurer le soutien et la réalisation du projet de ces jeunes par des structures d’accueil sur place.
La première étape était de trouver des partenaires dans les pays concernés. Nous avons arrêté le choix à 8 pays d’Afrique de l’Ouest : Mali, Togo, Niger, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Sénégal, Bénin et Guinée. Nous avons fait une première rencontre au Sénégal, à La Somone, avec des représentant de ces pays. Le but était de créer un réseau, de pouvoir connaître des personnes fiables sur place dans les différents pays. Puis nous avons établi une deuxième rencontre, toujours au Sénégal, à M’Bour. Nous avons voulu aller un peu plus loin. Comme nous avions les partenaires, nous voulions commencer des programmes de prévention et ensuite élaborer ensemble des programmes d’aide sociale et professionnelle dans les pays d’accueil de retour. Nous nous sommes réunis et nous avons discuté. Chaque pays a présenté un programme et expliqué comment ils imaginaient la mise en forme et la préparation de ce projet. L’idée est que nous puissions ensuite échanger les informations. Que le programme ne soit pas propre au Togo mais que ce soit un programme transnational qui puisse être exporté à d’autres échelles nationales.
Actuellement nous avons reçu toutes les propositions. Nous les avons étudiées. Nous avons également demandé aux différents coordinateurs de chaque pays de l’Afrique de l’Ouest concernés qu’ils présentent une mesure existante en matière de prévention. Nous examinons maintenant le programme pilote pour raccompagner ces jeunes chez eux.
M. Tokpah:
Quelle est la réaction du côté africain ?
M. Donyo :
C’est exact, il faut une synergie entre les pays, une action commune qui vise à réduire la migration.
M. Simplice :
Aujourd’hui nous avons des projets, quelque chose a été mis sur pied. Les séminaires ont amené des actions. Il faut tout de suite agir, avant que le problème ne devienne encore plus grand.
M. Tokpah:
Au cours du dernier séminaire vous avez créé le réseau RAFY, que nous avons déjà mentionné quelque fois. Que signifie RAFY ? Pourquoi a-t-il été créé et quelles sont ces actions ?
Mme Riva Gapany
RAFY est l’abréviation pour réseau d’Action Fodé et Yaguine. Fodé et Yaguine étaient deux jeunes guinéens de 15 et 14 ans qui ont voulu réaliser le rêve européen et qui se sont embarqués clandestinement le 1er août 1999 dans un avion de la Sabena. Malheureusement ils n’ont pas survécu au voyage pour cause de pression atmosphérique et de température. Leurs corps ont été trouvés à Bruxelles à l’aéroport. Ces deux jeunes étaient porteurs d’un testament pour les dirigeants européens. C’était un message sous forme d’appel au secours. Ils demandaient de l’aide pour s’en sortir dans leur pays.
Lors du deuxième séminaire, nous avons décidé de consolider les liens et de fonder ce réseau RAFY. Le nom du réseau a été donné en souvenirs de ces deux jeunes, afin d’honorer leur mémoire.
Le premier but du RAFY est de rester en contact, pour nous assurer de pouvoir développer nos activités et nos projets futurs.
Le deuxième but est d’échanger des informations. Je suis particulièrement heureuse de voir la réaction de nos amis africains qui n’hésite pas à nous faire partager leurs activités, leurs programmes et tout ce qu’ils entreprennent dans leur pays pour lutter contre le trafic des enfants. Ils nous donnent également des informations sur des faits divers. De notre côté, en Europe, nous leur transmettons des informations sur ce qui se passe chez nous.
M. Tokpah:
Merci à vous trois. J’espère que cette émission aura ouvert les yeux sur la situation des jeunes en direction de l’Europe. Nous nous retrouverons prochainement pour une autre émission.