PDA

Voir la version complète : Trajectoires d'asile africaines vers la Suisse



levgen
13/02/2006, 11h01
Bonjour tout le monde!
Le Bulletin de liaison pour la défense du droit d'asile, intitulé Vivre Ensemble rend compte ce mois d'une recherche intitulée Trajectoires d'asile africaines vers la Suisse : Projecteur sur une réalité méconnue. Bien que ne parlant pas spécifiquement des mineurs, ce rapport éclaire la complexité des trajets individuels et des mécanismes menant en Europe. Auteur de la recherche : Forum suisse pour l'étude des migrations et de la poulation (SFM)
Je vous présente ci-dessous l'article de Manuel Lanquier Hiol.

Avec toutes mes cordiales salutations

Geneviève

Projecteur sur une réalité méconnue
Déposer une demande d'asile en Suisse n'est de loin pas la préoccupation première des Africains du Sud du Sahara qui se lancent sur les chemins de l'exil. Il ne s'agit donc pas d'un départ vers l'Eldorado décidé sur un simple coup de tête, comme l'affirment certains, mais plutôt d'une ultime solution après moult réflexion qui rend parfois la décision difficile.

"La Suisse n'est tendanciellement pas le pays de premier accueil des Africains du Sud du Sahara, car les réseaux sociaux y sont moins développés qu'ailleurs en Europe" ", relève le Forum suisse pour l'étude de la migration et de la population (SFM) qui a publié en automne dernier les conclusions de sa recherche intitulée : "Trajectoires d'asile africaines. Déterminants des migrations d'Afrique occidentale vers la Suisse."
Ce rapport d'une centaine de pages appuyées par deux annexes est une première en Suisse. Une septantaine de personnes dont 30 experts et 51 migrants ont été interrogés au cours de cette enquête qui a duré de septembre 2003 à mai 2004. Parmi les interviewés, des requérants d'asile, des étudiants et des personnes bénéficiant d'un permis de séjour ou d'établissement.

Réalité méconnue
L'étude, dirigée par la sociologue Denise Efionayi-Mäder, met en lumière une réalité peu connue des migrations d'Afrique occidentale vers la Suisse. L'on apprend au long des chapitres, que déposer une demande d'asile en Suisse n'est de loin pas la préoccupation première des Africains originaires du Sud du Sahara qui prennent le chemin de l'exil.

Ultime recours
Dans la plupart des cas, cette solution s'impose à ces personnes, comme un ultime recours, après avoir épuisé tous les autres moyens susceptibles de les aider à se procurer des perspectives d'avenir à moyen ou long terme : formation, emploi, déplacement à l'intérieur du pays, puis vers le pays voisin :"Les récits des migrants nous amènent à penser que ce n'est pas nécessairement l'ampleur des difficultés, mais surtout leur dégradation qui est déterminante pour les décisions des migrants." souligne le rapport. Et la résolution de débarquer aux frontières de l'Europe pour demander l'asile n'intervient qu'à la fin de ce périple qui peut durer plusieurs années.

Des idées préconçues
"Ces migrants n'ont pas nécessairement l'envie de s'installer en Europe. Des jeunes femmes ou des jeunes hommes issus de familles traditionnellement commerçantes, peules, malinkés, ibos ou autres, ont parfois l'habitude de voyager en Afrique ou en Asie et veulent également se rendre en Europe. Mais faute de documents de voyage valables (difficulté d'obtenir un visa), ils n'ont pas les moyens de leurs ambitions et se font arrêter aux frontières ou dans un aéroport. Ils peuvent alors être amenés à déposer une demande d'asile pour éviter d'être refoulés sur le coup; de fil en aiguille, ils restent, avec l'intention de mettre à profit leur déplacement d'une façon ou d'une autre." affirme l'équipe de chercheurs. Pour cette dernière hypothèse, la Suisse n'est guère la destination favorite des migrants d'Afrique subsaharienne. Certes, en valeurs absolues les contingents de demandeurs d'asile originaires de cette aprtie du globe se sont avérés importants en Suisse pendant plusieurs années, amis la chute drastique des statistiques depuis deux ans, a diminué ces proportions.

Mesures inutiles
On l'a souvent entendu ouvertement ou insidieusement au niveau politique, les verrouillages successifs de la loi en matière d'asile participeraient de la mise en œuvre des moyens dissuasifs pour décourager les candidats à l'exil : diminution de l'aide sociale et médicale, suppression de l'aide d'urgence, interdiction de travailler, interdiction de circuler dans certaines communes, prorogation de la durée de détention en vue du refoulement.

Politiques inadaptées
Le rapport sur les trajectoires d'asile africaines démontre que ces politiques discriminatoires inadaptées n'ont pas d'influence sur les potentiels migrants : "Les informations transmises par les tiers, qu'ils s'agisse d'amis, de proches ou d'agents de voyage sont rarement innocentes, car les communicateurs (…) maquillent la réalité; les raisons peuvent être la fierté, l'envie de ne pas se rappeler certaines choses douloureuses ou de ne pas inquiéter les proches restés au pays, la conscience de ne pas être compris, etc. Mais la responsabilité se trouve autant du côté des récepteurs, qui interprètent l'information en fonction de leur vécu, de leur représentations propres et surtout en fonction de leur désir de partir"tranchent les rapporteurs.
Ce travail de recherche a le mérite de rétablir la vérité sur un sujet sensible occulté par un discours politique subjectif. Cette contribution est un verre d'eau ajouté au moulin des défenseurs du droits d'asile.

Manuel Lanquier Hiol
In : Vivre Ensemble N° 106 février 2006, pp.14-15