rivpao
02/08/2005, 17h02
Bonjour chers tous
En vous espérant en bonne santé, je voudrai vous tout simplement lancer ce cri de detresse: la famine.
Rappelons le paradoxe : notre pays est sinistré alors que les mosquées ne désemplissent pas. Le mal est multidimensionnel et presque ineffable.
Aujourd’hui, personne ne conteste que le Niger a faim et même que quatre (4) millions de vies sont menacées de mort, si rien n’est fait pour leur assurer de quoi joindre la fin prometteuse de l’actuelle saison hivernale. Mais c’est cela qui fait justement problème. La manière désastreuse par laquelle nos responsables politiques gèrent cette catastrophe, la timidité, que dis-je l’absence, monstrueuse de l’aide nationale et internationale devant l’hécatombe qui se pointe à l’horizon de notre pays, n’appellent qu’une seule conclusion : nous sommes en face d’un échec politique et humanitaire. L’échec humanitaire s’observe d’abord à partir du comportement même des Nigériens. Aucun parti politique, aucune ONG ; aucune association des droits de l’homme n’est allé voir de près pour dire avec précision ce que vivent ces populations qui risquent de ne pas vivre très longtemps. Cette famine au Niger est aussi l’échec de tout le genre humain. A l’heure où de millions de milliards de nos francs sont débloqués (notamment par les Etats Unis) pour…explorer la planète mars, c’est une honte qu’à quelques kilomètres de Washington ( au
Niger) des enfants et des femmes meurent de faim et de malnutrition. Il est vrai que si des milliards de dollars sont utilisés pour tuer des hommes (notamment en Irak et en Afghanistan), la famine se présente comme un moyen idéal et peu onéreux d’ébrancher l’humanité de ce qui la gène. La famine est enfin un échec politique nigérien comme l’atteste l’imposant silence dans lequel elle a confiné notre classe politique toute entière. L’hésitation de l’Exécutif à annoncer la catastrophe, son effrayant manque d’initiative et sa disposition à regarder, de la capitale, comment meurent des gens qui ont faim sont des signes graves d’une autre catastrophe, rampante et pernicieuse pour l’aujourd’hui et le demain de notre pays : le sinistre politique. Les Nigériens ont attendu qu’une radio extérieure leur apprenne que leur tiers est menacé de famine ; ils ont attendu que le roi d’un autre pays conduise leur président jusqu’aux gémissements de ceux qui ont faim ; ils attendent encore que leurs représentants (les députés) décrivent leur misère, et que l’opposition s’oppose à la paralysie du pouvoir et lui serve de béquilles pour descendre vers le cri de ceux qui meurent de faim et d’indifférence. On raconte que le feu président Kountché (dont se réclament certains hommes qui nous
gouvernent) lors de la famine de 1984, avait fait embarquer avec lui tous les responsables centraux de notre administration pour un voyage initiatique sur le terrain de la faim. C’est une question de génie politique, me diriez-vous, c’est aussi une affaire de charité, car pour reprendre la philosophe Simone Weil, ‘’ la plénitude de l’amour du prochain, c’est simplement d’être capable de lui demander : « quel est ton tourment ? ». C’est savoir que le malheureux existe, non pas comme une unité dans une collection, non pas comme un exemplaire dans la catégorie sociale étiquetée « malheureux », mais en tant qu’un homme, exactement semblable à nous, qui a été un jour frappé d’une marque inimitable par le malheur. Pour cela il est suffisant, mais indispensable, de savoir poser sur lui un certain regard . » Cela vaut pour notre président ; il vaut pour nous aussi.
Bien à vous tous
Saidou Djibril
Niamey-Niger
Portable:227914043
En vous espérant en bonne santé, je voudrai vous tout simplement lancer ce cri de detresse: la famine.
Rappelons le paradoxe : notre pays est sinistré alors que les mosquées ne désemplissent pas. Le mal est multidimensionnel et presque ineffable.
Aujourd’hui, personne ne conteste que le Niger a faim et même que quatre (4) millions de vies sont menacées de mort, si rien n’est fait pour leur assurer de quoi joindre la fin prometteuse de l’actuelle saison hivernale. Mais c’est cela qui fait justement problème. La manière désastreuse par laquelle nos responsables politiques gèrent cette catastrophe, la timidité, que dis-je l’absence, monstrueuse de l’aide nationale et internationale devant l’hécatombe qui se pointe à l’horizon de notre pays, n’appellent qu’une seule conclusion : nous sommes en face d’un échec politique et humanitaire. L’échec humanitaire s’observe d’abord à partir du comportement même des Nigériens. Aucun parti politique, aucune ONG ; aucune association des droits de l’homme n’est allé voir de près pour dire avec précision ce que vivent ces populations qui risquent de ne pas vivre très longtemps. Cette famine au Niger est aussi l’échec de tout le genre humain. A l’heure où de millions de milliards de nos francs sont débloqués (notamment par les Etats Unis) pour…explorer la planète mars, c’est une honte qu’à quelques kilomètres de Washington ( au
Niger) des enfants et des femmes meurent de faim et de malnutrition. Il est vrai que si des milliards de dollars sont utilisés pour tuer des hommes (notamment en Irak et en Afghanistan), la famine se présente comme un moyen idéal et peu onéreux d’ébrancher l’humanité de ce qui la gène. La famine est enfin un échec politique nigérien comme l’atteste l’imposant silence dans lequel elle a confiné notre classe politique toute entière. L’hésitation de l’Exécutif à annoncer la catastrophe, son effrayant manque d’initiative et sa disposition à regarder, de la capitale, comment meurent des gens qui ont faim sont des signes graves d’une autre catastrophe, rampante et pernicieuse pour l’aujourd’hui et le demain de notre pays : le sinistre politique. Les Nigériens ont attendu qu’une radio extérieure leur apprenne que leur tiers est menacé de famine ; ils ont attendu que le roi d’un autre pays conduise leur président jusqu’aux gémissements de ceux qui ont faim ; ils attendent encore que leurs représentants (les députés) décrivent leur misère, et que l’opposition s’oppose à la paralysie du pouvoir et lui serve de béquilles pour descendre vers le cri de ceux qui meurent de faim et d’indifférence. On raconte que le feu président Kountché (dont se réclament certains hommes qui nous
gouvernent) lors de la famine de 1984, avait fait embarquer avec lui tous les responsables centraux de notre administration pour un voyage initiatique sur le terrain de la faim. C’est une question de génie politique, me diriez-vous, c’est aussi une affaire de charité, car pour reprendre la philosophe Simone Weil, ‘’ la plénitude de l’amour du prochain, c’est simplement d’être capable de lui demander : « quel est ton tourment ? ». C’est savoir que le malheureux existe, non pas comme une unité dans une collection, non pas comme un exemplaire dans la catégorie sociale étiquetée « malheureux », mais en tant qu’un homme, exactement semblable à nous, qui a été un jour frappé d’une marque inimitable par le malheur. Pour cela il est suffisant, mais indispensable, de savoir poser sur lui un certain regard . » Cela vaut pour notre président ; il vaut pour nous aussi.
Bien à vous tous
Saidou Djibril
Niamey-Niger
Portable:227914043