Enfants en situations difficiles

   
 
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21 février : Journée de la langue maternelle : Pas uniquement une question de conservation du patrimoine culturel

Qu’imaginer de plus différent : d’un côté la vie d’un enfant élevé et instruit dans une même langue, de l’autre  celle des enfants devant aborder un second langage au début de l’école ? On trouve là une flagrante inégalité des chances. L’un des buts de la Journée internationale de la langue maternelle est de plaider la cause du multilinguisme, ainsi que de l’éducation multilingue.

L’évolution et l’interaction des langues ont lieu à la fois dans le temps et dans l’espace. Le temps, synonyme de course à la modernité, tue inexorablement les langues indigènes encore parlées sur la planète. Quant à l’espace, il met en scène une autre course, celle menée entre deux langues en contact, pour la prééminence sociale : cela est typique des situations d’immigration.

• Des quelque 7'000 langues existant aujourd’hui, on estime que plus de 4'000 sont parlées par des peuples indigènes. Les spécialistes des langues prédisent que 90% des langues du monde vont disparaître ou seront menacées d’extinction d’ici à la fin du siècle. (Forum Permanent des Nations Unies pour les Questions Autochtones Eng) Des systèmes éducatifs centrés sur la langue dominante expliquent en partie cette évolution.
En dépit de la réaction de la communauté internationale (à l’instar de la communauté Européenne qui a promulgué en 2003 la Charte des langues régionales ou minoritaires), la perte à moyen terme de ce patrimoine culturel est très préoccupante. Un exemple intéressant est le continent africain, où différentes stratégies sont mises en place pour maintenir l’héritage linguistique local. Le Mali et le Sénégal servent à  leurs élèves du primaire un mélange de supports scolaires en langues du lieu (Wolof, Pulaar, Serere, Diola, etc.) et en français.


• Quant aux enfants de familles migrantes, ils font face à la situation inverse : formant un groupe croissant de la population dans certains pays, la majorité d’entre eux vivent un dilemme. Un dilemme entre leur langue maternelle et la langue de leur pays d’accueil. Pourtant, ce dilemme est le fruit de représentations biaisées. Il y a plusieurs décennies maintenant que les avantages du bilinguisme ont été démontrés par la recherche socio-linguistique et psychologique. Mais c’est une bonne nouvelle  à répandre.

Dans leur recherche “Promoting immigrant minority languages”, les chercheurs Guus Extra et Kutlay Yagmur de l’Université de Tilberg déplorent que « alors que les pays Européens ont fait récemment de nombreux efforts pour assurer la survie des langues régionales, ils n’ont pas pris de dispositions particulières au sujet de l’enseignement et de la pratique des langues des immigrants. »

Ce qui est commun à ces deux situations est l’inégalité des chances face aux performances scolaires. La recherche a en effet prouvé que les enfants ont de meilleurs résultats lorsqu’on leur fait la classe dans leur propre langue.

Les enfants y perdent aussi des plumes en termes de vécu psychologique : la langue maternelle fait en effet partie intégrante de l’identité de l’enfant. Exclure ou ignorer cette langue peut entraver le développement de l’estime de soi et la loyauté à ses origines.

En gardant à l’esprit les ODM, la communauté internationale ne devrait pas relâcher ses efforts dans ce sens : environ 476 millions des personnes analphabètes de la planète parlent des langues minoritaires et vivent dans des pays où les enfants reçoivent principalement leur instruction dans une langue autre que leur langue maternelle.


Liens :  
The Mother-Tongue Dilemma, In : The Newsletter of UNESCO’s Education Sector, July-September 2003 (pp.4-7)
BIJELJAC-BABIC Ranka, Langues et immigration : Le bilinguisme est un atout, In : Le courrier de l’UNESCO, 2008, n°1

A lire
ABDELILAH-BAUER Barbara, Le défi des enfants bilingues. Grandir et vivre en parlant plusieurs langues, La Découverte, édition augmentée en 2008
DALGALIAN G., Enfances Plurilingues, l'Harmattan, 2000 (Voir lien sur le site de l’Observatoire européen du plurilinguisme)

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19 Feb 2010 levgen



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