Editorial, par Andressa Curry-Messer, 21 septembre 2017

kumariAu cours des 300 dernières années, une succession de petites filles ont été choisies pour devenir la kumari, ou la déesse incarnée du Népal. Il s’agit d’une tradition née au XVIIIème siècle, lors de la dynastie Malla.

Le peuple Newar, qui représente 5% de la population népalaise, vit des traditions communes au bouddhisme et à l’hindouisme. La kumari (la vierge en français) en est l’exemple le plus marquant et illustre la synchronisation entre ces deux religions.

Au Népal, les newars croient qu’une petite fille est habitée par la déesse hindoue nommée Durga. Un Brahma hindou l’identifiera sur la base de 32 critères. Il cherchera des qualités physiques particulières, telles qu’une ligne en cercle sur la plante des pieds, de longs orteils, de longs bras, des cheveux noirs et raides, une tête ronde, etc…

Mais les opposants à la tradition dénoncent un rituel terrible et un mode de vie contraignant que les kumaris doivent subir. D’abord, elles doivent être capables, dès l’âge de quatre ou cinq ans, d’affronter leur peur. Elles sont donc emmenées au palais royal de Katmandou et enfermées dans une pièce sombre remplie de têtes de buffles égorgés. On porte aussi des masques terrifiants et elles sont obligées de rester stoïques face à ces spectacles effrayants.

Ceux qui vénèrent la tradition disent que l’enfant est traitée comme une princesse. Leurs parents sont très honorés d’avoir une fille kumari. Elle est adorée par les plus hauts dignitaires du Népal ainsi que par toute la population qui vient vers elle pour être bénie. Mais les rituels sont longs, puisqu’ils durent deux heures. Durant ce temps, la jeune fille doit rester assise, porter de longues robes rouges pleines d’apparats et un maquillage important. Elle ne peut démontrer aucune expression de fatigue, de douleur ou de joie.

Ces fillettes sont élues déesses vivantes dès l’âge de 3 ou 4 ans et demeurent dans leur rôle jusqu’à la puberté, lors de l’apparition des premières règles. A partir de ce moment, elles deviennent «Mademoiselle tout le monde». Or, elles ne sont pas préparées à cette transition extrêmement difficile. Durant leur vie de kumaris, elles ne peuvent jamais toucher le sol, considéré comme impur, avec leurs pieds. Cela provoque une faiblesse des muscles et une grande difficulté à marcher lorsqu’elles redeviennent de simples mortelles.

Pendant des siècles, les kumaris n’ont pas eu accès à l’éducation et nombreuses sont celles restées illettrées et cloîtrées dans leur maison. C’est seulement à la fin des années 1990, devant l’indignation de locaux, d’ONG internationales et après la ratification de la Convention relative aux droits de l’enfant par le Népal, que les kumaris ont commencé à avoir accès à l’école.

Malgré cette avancée, les traditions sont très ancrées dans le pays et il est souvent très difficile de faire cohabiter traditions et droits. Les jeunes kumaris, déesses vivantes, sont avant tout des enfants, des adolescentes qui ont des droits comme tous les enfants du monde. Et à ce titre, elles méritent de jouir pleinement de ces droits!

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Photo: Navin Shakya, flickr/creative commons