Editorial, par Andressa Curry-Messer, 10 août 2017

orphelinatLe volontourisme est un terme qui couple voyage et humanitaire ou tourisme et solidarité. Avec ce concept, certaines agences de voyage profitent pour faire du marketing et attirer une clientèle disposée à donner un sens humanitaire à ses vacances, voire à sa vie, dans des pays défavorisés. Il s’agit d’un nouveau marché de tourisme alternatif qui fait des bénéfices de dizaines de millions d’euros par an, en entretenant la misère et le manque de respect des droits humains des hommes, femmes et enfants défavorisés.

Des dizaines de milliers de clients volontaires partent en voyage vers des pays inconnus sans connaître la réalité du terrain. Ils s’improvisent médecins, professeurs ou avocats, durant quelques jours, auprès des populations locales. C’est ainsi que plusieurs projets de voyages humanitaires sont vendus à des prix élevés (d’environ 800 à 2000 dollars) par des sociétés commerciales, sans que les enfants et leurs familles ne profitent de cette manne financière.

En Asie, notamment au Laos, en Thaïlande, en Birmanie et au Cambodge, le volontourisme a pris de l’ampleur. L’enfant orphelin, pauvre et malade placé dans les orphelinats est devenu l’objet parfait pour camoufler le but lucratif et pervers de ce phénomène. Ces 10 dernières années, avec l’aide du tourisme volontaire, le nombre d’orphelinats a triplé au Cambodge et en trente ans, il est passé de 7000 à 47 000. Pourtant, plus de 80% des enfants placés dans ces institutions ont des parents.

Les enfants des familles défavorisées sont retirés de leurs familles avec la promesse qu’ils recevront une éducation, de la nourriture et un lieu agréable où séjourner avec d’autres enfants. Or, par la suite, les enfants sont privés de la possibilité de revoir leurs parents qui, de leur côté, désespèrent, sans moyen d’agir contre le système.

De plus, «pour que l’argent continue d’affluer, il ne faut pas qu’il soit investi, ce serait casser le produit. Le bâtiment doit rester pourri et les enfants avoir l’air malheureux», explique Sébastien Marot, co-fondateur de Friends International.

Les spécialistes du sujet ainsi que les journalistes qui enquêtent sur place attirent l’attention sur la problématique et essayent de la combattre par la dénonciation et la sensibilisation. Le Service Volontaire international, par exemple, est une association belgo-franco-vietnamienne qui met à disposition son expertise pour sensibiliser et aider les personnes qui souhaitent s’engager dans des projets internationaux de volontariat.

L'ONG Friends International Suisse également donne des cours de sensibilisation aux collégiens afin de leur fait comprendre que les enfants au sein d'orphelinats ont connu des parcours compliqués. Ils sont par conséquent vulnérables aux va-et-vient des touristes qui renforcent leur sentiment d'abandon.

Photo: Xavier, flickr/cc

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