Editorial, par Andressa Curry-Messer, 23 mars 2017

En 2006, le foyer Hogar Seguro Virgen de la Asunción a été inauguré par le gouvernement guatémaltèque pour accueillir des enfants et des adolescents, filles et garçons, victimes de violences familiales ou sans domicile.

Depuis 2010, le foyer, qui dépend du secrétariat du Bien-être social du gouvernement du Guatemala, avait fait l’objet de plusieurs dénonciations de maltraitance des enfants, de sévices sexuels, de structures insuffisantes, d’une mauvaise qualité de la nourriture, de désordre général du lieu ainsi que de soupçons de traite d’enfants, entre autres. A cela s’ajoutent de nombreuses fugues de la part des jeunes résidents.

En 2016, la Procuraduría de los Derechos Humanos, ou Défenseur du Peuple, a demandé la fermeture du foyer et a sollicité la Commission interaméricaine des droits de l’homme pour la mise en place de mesures préventives. Hélas, les demandes n’ont pas été entendues.

En 2017, le bilan est très lourd: 40 adolescentes sont décédées dans un incendie au foyer. Le 8 mars, jour international des femmes, un groupe d’adolescentes, âgées de 13 à 17 ans, décide de protester contre les mauvais traitements et les violences infligés dans le foyer en mettant le feu à des matelas. Ne pouvant être libérées de la salle où elles se trouvaient enfermées - pour avoir essayé de fuir du foyer la veille -, dix-neuf jeunes filles ont péri dans les flammes. Les survivantes ont succombé à leurs brûlures à l’hôpital.

En plus de toutes ces défaillances, le foyer conçu pour accueillir 400 enfants et adolescents est surpeuplé, puisque plus de 700 personnes y vivent!

Dans un tel cadre, comment est-il possible de garantir aux enfants un minimum de sécurité, d’épanouissement et de bien-être? Faut-il une telle tragédie pour que les autorités prennent des mesures préventives et protectrices à l’égard de l’enfant? Faut-il ajouter à la souffrance de l’enfant déjà séparé de sa famille, l’injustice des morts précoces et la douleur de ses proches pour que tout cela soit pris au sérieux?

La Convention relative aux droits de l’enfant existe depuis 1989 et le Guatemala l’a ratifiée en 1990. Dès lors, un éventail d’outils législatifs et théoriques ainsi que des bonnes pratiques concernant les droits de l’enfant et les institutions d’accueil sont à disposition et accessibles.

Dans le monde entier, il ne manque pas de lignes directrices, de travaux d’experts internationaux et nationaux, de propositions concrètes pour travailler avec les enfants placés. Nombreuses sont les recommandations et les observations du Comité international des droits de l’enfant à disposition pour mettre en œuvre des mesures de prévention, de protection et de participation de l’enfant là où il est: en famille, en foyer, à l’école, etc. Enfin, il existe une panoplie d’outils pour inspirer et guider tous ceux qui s’intéressent aux enfants.

Alors, au fond, que manque-t-il véritablement? Serait-ce une sincère volonté politique? Une conscience humaine de l’enfant? Une place prioritaire à ses besoins spécifiques? Ou encore le respect de sa personne et de ses droits? Sans doute tout cela à la fois.

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