Editorial, par Andressa Curry-Messer, 17 février 2017

veli scampiaPeut-être connaissez-vous les voiles de Scampia, à Naples, ces immeubles en forme de voiles de bateaux que l’on doit à l’architecte Francesco di Salvo. Rendues célèbres par le livre de Roberto Saviano Gomorra, elles devaient être l’avant-garde du logement social. Aujourd’hui, elles témoignent d’une sombre réalité.

Dans l’un des bâtiments vivent 400 familles. 20 d’entre elles seulement travaillent. A Naples, le taux de chômage avoisine les 70% et la précarité est bien visible. Une pauvreté d’autant plus difficile à accepter dans une société napolitaine où il faut posséder pour être quelqu’un. Et celle qui possède, c’est la Camorra, la mafia napolitaine.

La Camorra offre souvent la seule alternative à la pauvreté. Elle donne une protection qui compromet ceux qui en profitent, puisqu’ils basculent alors dans des activités illégales.
Estimés à 150.000 en totale pauvreté, les petits napolitains sont la meilleure main d’œuvre pour la mafia. Ils sont des proies faciles lorsque les mafieux leur offrent un scooter flambant neuf pour livrer la drogue ou un téléphone portable dernier cri pour surveiller le quartier. C’est ainsi que, sans s’en apercevoir, ils deviennent des soldats de la Camorra.

Afin de couper l’herbe sous les pieds des mafieux, le père Tonino Palmese a ouvert une crèche pour les plus petits, ceux-là même dont le papa croupit bien souvent en prison. Les plus âgés, eux, font leurs devoirs sous le regard d’adultes. A l’étage, des filles-mères sont prises en charge, afin de ne pas être tentées par les propositions de la mafia qui les courtise en vue d’en faire des transporteuses de drogue ou des prostituées.

Car Don Palmese sait bien que les enfants qui travaillent pour la mafia sont généralement déscolarisés. En 2011, un rapport officiel de la mairie de Naples rapportait que 54.000 enfants, dont 38% seraient âgés de moins de 13 ans, auraient quitté les bancs de l’école. A cela s’ajoute les restrictions budgétaires de l’aide apportée par l’Etat aux familles les plus pauvres et une réduction de 87% des subsides alloués aux programmes d’aides sociaux!

En Italie, plusieurs prêtres luttent activement contre la mafia. Le père Luigi Ciotti, par exemple, a réussi le tour de force de faire inscrire dans la législation italienne la loi «sur les biens confisqués à la mafia et à leur utilisation sociale». Depuis, il est menacé de mort et vit sous escorte policière.

De leur côté, Don Palmese et son équipe souhaitent proposer une alternative pour l’avenir professionnel des jeunes qu’ils accompagnent. Avec une bonne éducation, de bons outils professionnels et des compétences plus vastes, ils auront davantage de chances de résister à l’appel de la Camorra et de trouver une vie honnête et digne.

Photo: Flavio Ronco, flickr/cc

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