Série ADEM à l'occasion des 20 ans de la ratification de la CDE par la Suisse*, par Lorène Métral, Tdh

Le sport est considéré comme une activité attractive et enthousiasmante pour les jeunes. L’expérience de terrain démontre que les activités sportives sont accessibles aux jeunes et que ceux-ci sont souvent motivés pour y prendre part. Mais au-delà de son caractère ludique et physique, le sport est un outil important de participation des jeunes et d’épanouissement personnel.

L’importance de la participation pour pouvoir dépasser les difficultés

La participation des jeunes est un élément fondamental pour leur reconstruction personnelle. Selon Maria Bray1, spécialiste de la prise en charge psycho-sociale chez Terre des hommes – aide à l’enfance, la participation est une clef pour toute personne ayant vécu d’importants changements de parcours. Elle permet de redonner un sentiment de contrôle et permet de relâcher un peu du stress causé par le changement de situation. En plus d’une décharge physique et psychologique, participer à des activités sportives permet de consolider le sentiment de sécurité et de stabilité, qui s’avéreront une base primordiale pour gérer le stress quotidien cumulatif dû à l’arrivée dans un nouvel environnement mais aussi participera dans de nombreux cas au dépassement des expériences traumatiques. Enfin, la participation des jeunes est avant tout un droit essentiel garanti par l’article 12 de la Convention relative aux droits de l’enfant, ratifiée il y a 20 ans par la Suisse.

Le sport, un outil de participation pour le mieux-être personnel et social…

Permettre aux mineurs non accompagnés (MNA) et jeunes migrants d’oublier pendant un temps leur expérience migratoire, leur donner un espace pour se défouler et être en de mesure prendre une vraie place au sein d’un groupe sont autant de possibilités offertes par le sport comme outil de participation.

Les compétences individuelles et collectives développées par le jeune à travers le sport engendrent un mieux-être psycho-social en termes de mieux-être émotionnel et de mieux-être social, par l’acquisition des compétences de vie et du vivre ensemble2. Le sport amène par exemple les jeunes à prendre leur place au sein du groupe, à faire preuve d’autorégulation grâce à la permanence de règles communes et ainsi générer un sentiment de contrôle et de sécurité accru dans leur quotidien. Maria Bray remarque que les activités sportives sont un bon précurseur à une participation plus poussée du jeune dans d’autres domaines: «Grâce au sport, le jeune arrive à reprendre confiance en lui-même, en ses capacités. Cela permet un renforcement de la cohésion avec ses pairs, il se sent faire partie d’un groupe. Ensuite cela entraîne des conséquences positives sur son positionnement personnel - le jeune est de plus en plus à même d’exprimer son opinion quand on lui propose quelque chose, de se poser en sujet car il aura plus l’habitude d’être confronté aux autres. Alors plus confiant, plus à l’aise et plus sécure, le jeune devient plus proactif et même parfois leader dans le rôle qu’il peut jouer pour ses pairs et son environnement dans la mise en place d’initiatives solidaires, et tout cela à travers le sport»3.

…et la reconnaissance de la société.

Le sport a aussi une fonction reconnue de cohésion sociale et d’inclusion par le fait qu’il transcende les différences. Cette fonction est aussi due à l’image positive véhiculée par le sport. Dans toutes les sociétés, quelles qu’elles soient4, les représentations sociales liées au sport sont connotées très positivement et sont souvent reliées aux notions de performance, de discipline, d’esprit d’équipe et de bonne santé5. Le sport, fédérateur de sentiments positifs, favorise la reconnaissance du jeune de la part de la société. Cette image positive qui aura tendance à rejaillir sur le jeune est bénéfique pour que celui-ci se sente mieux accepté et développe sa confiance en soi.

En Suisse, les bénéfices du sport pour l’intégration sont connus depuis de nombreuses années. Des initiatives pour favoriser la participation des MNA et jeunes migrants notamment à travers le sport continuent d’être mises en œuvre au niveau cantonal ou local. On peut par exemple citer la promotion du sport par le canton de Vaud6, les rencontres sportives organisées par la Croix-Rouge dans les cantons de Zürich ou d’Argovie, le projet Pass’Sport-Intégration mis en place par Caritas Neuchâtel, les possibilités d’échange et de participation à divers cours sportifs par l’association zürichoise Sportegration  ou la mise en avant de la fonction intégrative du sport par l’OSAR lors de la journée des réfugiés.

La participation des jeunes migrants à travers le sport permet aussi la réalisation des droits garantis par la Convention relative aux droits de l’enfant. Grâce au sport, des outils sont mis à disposition des jeunes migrants et MNA pour pouvoir réaliser leur droit de jouir du meilleur état de santé possible (art.24 § 1 CDE), de bénéficier de mesures de réadaptation et réinsertion sociale après un vécu migratoire particulièrement éprouvant (art.39 CDE), de mettre à profit leur droit au repos et aux loisirs (art.31 CDE) et que leur intérêt supérieur (art.3 § 3 CDE relatif au domaine de la santé) soit enfin pris en compte.

Ainsi, au vu des nombreux aspects positifs du sport sur la participation des jeunes, sur leur développement personnel et sur leur mieux-être personnel et social, la mise en place de tels projets sportifs pour les jeunes migrants et MNA est très fortement encouragée par l’ADEM.

1 Entretien avec Maria Bray, spécialiste de la prise en charge psychosociale (Tdh), le 14.06.2017.
2 B. D. Kirkcaldy, R. J. Shephard, R. G. Siefen (2002). The relationship between physical activity and self-image and problem behaviour among adolescents. Soc Psychiatry Psychiatr Epidemiol; 37(11): 544–550.
3 Entretien avec Maria Bray, spécialiste de la prise en charge psychosociale (Tdh), le 14.06.2017.
4 Lacassagne, M., Bouchet, P., Weiss, K. & Jebrane, A. (2004). Analyse comparative des représentations sociales du sport en France et au Maroc: valeurs modernes et post-modernes chez des étudiants en sciences du sport. Staps, no 65,(3), 97-109. 
5 Ibid. Unesco. L’éducation aux valeurs par le sport
6 Bureau cantonal pour l’intégration des étrangers et la prévention du racisme (BCI). Intégration Info n°40, 2013 

*2017 est l'année des 20 ans de la ratification de Convention relative aux droits de l'enfant (CDE) par la Suisse. À cette occasion, l'Alliance pour les droits des enfants migrants publie une série d'articles sur les droits spécifiques des enfants migrants et des mineurs non accompagnés (MNA) en Suisse. 

A propos de l’Alliance pour les droits des enfants migrants
L'Alliance pour les droits des enfants migrants (ADEM) est un réseau d'organisations et de professionnels qui veillent à la défense des droits et des intérêts des enfants migrants en Suisse. Fondée par le Service social international (SSI), l’Institut international des Droits de l’enfant (IDE) et la Fondation Terre des hommes – Aide à l’enfance, l’ADEM s’est renforcée depuis l’adhésion de l’Organisation suisse d’aide aux réfugiés (OSAR) en 2016. www.enfants-migrants.ch

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